Sommaire, 9 sections
  1. 2027, l'année où les grues arrivent
  2. L'anneau olympique ne fait pas le prix
  3. La remontée mécanique est le vrai signal
  4. Le climat déplace le filtre d'achat
  5. Les stations qui cochent les trois filtres
  6. Ce que nous n'achèterions pas en 2027
  7. Trois profils, trois réponses
  8. Le verdict
  9. Sources et méthode

Entre 2020 et 2025, les dix stations qui accueilleront une épreuve des Jeux de 2030 ont pris 33,7 % (médianes actées, DVF). Les trente-trois autres stations que nous suivons : 38,1 %. Les stations sans épreuve ont monté plus vite que les stations hôtes.

C'est le point de départ de cet article, et il contredit la quasi-totalité de ce qui s'écrit sur l'investissement alpin. En 2027, acheter un site olympique parce qu'il est olympique est un mauvais réflexe. Ce qui reste vrai, en revanche, c'est que 2027 est l'année où les chantiers deviennent visibles — et un chantier de remontée mécanique ou d'ascenseur valléen ne s'arrête pas le 17 février 2030. Trois filtres, une sélection de stations nommées, et la liste de celles que nous n'achèterions pas.


2027, l'année où les grues arrivent

2026 aura été l'année des procédures. Plus de soixante marchés publics lancés par la SOLIDEO, une carte des sites validée par le CIO le 25 juin puis dévoilée le 29 juin, deux villages olympiques officialisés — Bozel en Savoie, Saint-Jean-de-Sixt en Haute-Savoie. Beaucoup de papier, aucune pelleteuse.

2027 renverse le rapport. C'est l'année où l'infrastructure passe du dossier au terrain, et où un acheteur qui visite un bien voit enfin ce qu'il achète.

Le calendrier est dense et daté :

ChantierCommuneDémarrageLivraisonMontant
Village olympiqueBriançonMarchés début 2027, travaux mi-20272029300 M€
Piste de bobsleigh, luge, skeletonLa PlagneAvril 2027, puis étés 2028 et 2029Avant février 2030Non stabilisé
Village olympique « Les Elfes »Saint-Jean-de-SixtMi-2027Septembre 2029
Télécabine de SarenneAlpe d'Huez20272027
Grands Montets, tronçon sommital 3 300 mChamonixEn cours2027150 M€ (programme)
Plateau des Confins, site de ski de fondLa Clusaz2027Avant février 203025 M€
Ascenseur valléen Aime ↔ La PlagneAime-la-Tarentaise2027Automne 2029106 M€
Ascenseur valléen Bozel ↔ Courchevel 1850BozelÉté 202927 M€

Une précision d'honnêteté sur la piste de bobsleigh de La Plagne : le budget circule sous trois valeurs contradictoires dans les sources publiques, entre 30 et 80 M€, et aucun chiffre SOLIDEO officiel n'a été identifié. Nous préférons l'écrire que de trancher au hasard. Le calendrier, lui, est confirmé : maîtrise d'œuvre attribuée, appels d'offres publiés en octobre 2026, premiers travaux en avril 2027.

+38,1 %Hausse des 33 stations SANS épreuve olympique entre 2020 et 2025, contre +33,7 % pour les 10 sites hôtes
555 M€Investis par les domaines skiables français en 2025, un record absolu
mi-2027Démarrage des travaux du village olympique de Briançon, 300 M€
×5Multiplication des jours de vague de chaleur projetée d'ici 2050

L'anneau olympique ne fait pas le prix

Le calcul est simple et il est reproductible. Nous avons pris les quarante-trois stations que nous publions, séparé les dix qui accueillent une épreuve ou un village des trente-trois autres, et comparé les médianes d'actes notariés entre 2020 et 2025.

Les sites olympiques : +33,7 %. Les autres : +38,1 %.

Aucun site olympique n'apparaît dans les cinq plus fortes hausses du panel. Ce classement est occupé par Peisey-Vallandry (+78 %), Sainte-Foy (+75 %), Tignes (+67 %), l'Alpe d'Huez (+61 %) et Les Deux Alpes (+59 %) — pas une épreuve entre elles. Dans le même temps, Courchevel, site du ski alpin de vitesse et du saut à ski, recule de 8,3 % entre 2024 et 2025 en s'approchant des Jeux.

Peisey-Vallandry, sans épreuve, contre Courchevel, site olympique
Indice base 100 en 2014 · 2014–2025
Peisey-VallandryCourchevelExplorer la série complète →

La lecture en base 100 neutralise les niveaux de prix et ne montre que les trajectoires. Peisey-Vallandry, village de Paradiski sans la moindre épreuve inscrite au programme, court nettement plus vite que Courchevel sur la période. Les deux séries sont explorables dans l'observatoire des prix.

Ce que dit la littérature économique va dans le même sens. L'effet causal d'un accueil olympique sur les prix immobiliers locaux est mesuré entre +2 et +7 % (Kavetsos 2012, Sustainability 2022), et PyeongChang 2018 ressort à +6,6 %. C'est réel, c'est positif, et c'est noyé dans un cycle macroéconomique post-COVID qui a fait bouger les Alpes de trente à quarante points.

Le chiffre de « +17 % de hausse moyenne liée aux JO » qui circule dans les articles de placement mérite d'être écarté explicitement : il agrège des Jeux d'été, organisés en capitale — Tokyo, Londres, Athènes. Un village savoyard de mille habitants n'est pas Londres. Nous avons consacré un article entier à ce chiffre.

La conclusion pratique tient en une phrase : les Jeux ne sont pas une thèse d'investissement, ils sont un calendrier de financement. Ce qu'il faut regarder, c'est ce que ce calendrier finance.


La remontée mécanique est le vrai signal

En 2025, les domaines skiables français ont investi 555 millions d'euros, un record absolu, dont 281 millions en appareils neufs (Domaines Skiables de France). Des opérateurs privés ne mettent pas cette somme sur des marchés qu'ils croient condamnés. C'est la meilleure réponse disponible à la question « la montagne est-elle un actif qui a un avenir ».

Mais tous les appareils ne se valent pas pour un investisseur. Un télésiège débrayable qui remplace un télésiège fixe améliore le confort. Un ascenseur valléen — une remontée qui relie un village de fond de vallée à un domaine d'altitude — crée un accès qui n'existait pas. Il transforme un village où l'on dort en un village d'où l'on skie. C'est cette catégorie-là qui déplace les prix.

Trois sont en cours dans les Alpes du Nord, et ils partagent la même logique géographique : le foncier est en bas, la neige est en haut.

Aime ↔ La Plagne, 106 M€, mise en service à l'automne 2029. Aime-la-Tarentaise cote 4 500 €/m² à 690 mètres d'altitude, quand le domaine culmine à 3 250 mètres. Le village a déjà pris 45 % entre 2020 et 2025 — la vallée monte avant le câble.

Bozel ↔ Courchevel 1850, 27 M€, été 2029. Bozel cumule trois catalyseurs sur la même commune : le village olympique, le câble, et l'accès direct au domaine de Courchevel. À 6 200 €/m² contre 11 800 €/m² à Courchevel, l'écart est de près de moitié pour quinze minutes de route aujourd'hui, et pour une remontée demain.

Brides-les-Bains ↔ Méribel, modernisation prévue à horizon 2029. Brides est le point d'entrée le moins cher des Trois Vallées : 4 400 €/m² à 600 mètres, contre 11 000 €/m² à Méribel.

Orelle et Val Thorens : le fond de vallée suit le domaine, avec dix ans de décalage
Indice base 100 en 2021 · 2014–2025

Orelle est le cas d'école déjà réalisé de cette mécanique. Village de 900 mètres relié par télécabine au domaine de Val Thorens, qui culmine à 3 230 mètres. Il cote 3 200 €/m² quand Val Thorens en affiche 7 700 — pour le même forfait, le même domaine, la même neige. Les deux communes ont pris 45 % sur la période.

Deux autres chantiers pèsent en 2027 sans être des ascenseurs valléens. À Chamonix, la reconstruction des Grands Montets atteint le sommet à 3 300 mètres en 2027, dans un programme de 150 M€. À l'Alpe d'Huez, deux télécabines neuves arrivent coup sur coup, Lièvre Blanc pour la saison 2026/2027 et Sarenne en 2027 — sur une station qui a fait +61 % en cinq ans sans aucune épreuve olympique.

Côté Alpes du Sud, 522 M€ d'infrastructures sont programmés sur 2027-2030 autour de Serre-Chevalier, Briançon et Montgenèvre, auxquels s'ajoute la modernisation de la ligne ferroviaire Grenoble–Briançon (80 M€, 2026-2028). C'est la première fois depuis des décennies qu'un massif entier reçoit ce type de programme d'un coup.


Le climat déplace le filtre d'achat

Le réchauffement n'est pas un argument contre l'investissement en montagne. C'est un critère de sélection, et il est bien plus discriminant que le classement des stations par kilomètres de pistes.

Les ordres de grandeur sont établis. Les Alpes se sont réchauffées de 1,97 °C depuis 1900, davantage que la moyenne française à 1,7 °C, et le nord du massif atteint 2,1 °C (Cour des comptes, 2024). Chaque degré supplémentaire fait remonter la limite pluie-neige de 150 à 200 mètres. Sous 2 000 mètres, la durée d'enneigement a déjà perdu environ un mois entre 1971 et 2019.

La France a par ailleurs cessé de raisonner en scénarios. Depuis un décret du 23 janvier 2026, une trajectoire de référence est inscrite au code de l'environnement : +2 °C en 2030, +2,7 °C en 2050, +4 °C en 2100 par rapport à l'ère préindustrielle. C'est désormais l'hypothèse officielle sur laquelle l'adaptation se planifie, y compris celle des collectivités de montagne.

Mieux qu'une projection, il existe une mesure. La station du Col de Porte, à 1 325 mètres en Chartreuse, perd environ cinq jours de neige au sol par décennie, et plus de dix jours par décennie pour les épaisseurs supérieures à un mètre. L'épaisseur moyenne hivernale y a reculé de 30 à 40 % depuis les années 1960 (Météo-France, CNRM-CEN). Ce n'est pas un modèle, c'est un relevé.

Le point le plus important est souvent omis : à horizon 2050, les scénarios climatiques optimiste et pessimiste ne divergent pas encore. Le sort des stations sur la période 2030-2050 est déjà largement écrit par les émissions passées. Un investisseur qui achète en 2027 avec un horizon de quinze ou vingt ans n'a donc pas à parier sur un scénario : il doit lire une altitude.

Deux altitudes, pas une

C'est la distinction qui fait la différence, et presque personne ne la pose correctement.

Pour l'hiver, c'est l'altitude du domaine qui compte. Un village à 690 mètres relié à un domaine qui culmine à 3 250 mètres est sécurisé côté neige — c'est exactement le cas d'Aime, d'Orelle ou de Brides-les-Bains. L'inverse est également vrai : une station-village perchée à 1 750 mètres mais dont le domaine plafonne bas reste exposée.

Pour l'été, c'est l'altitude du village qui compte, parce que c'est là qu'on dort. L'atmosphère perd environ 6,5 °C par 1 000 mètres. Quand la plaine est à 38 °C, un village à 1 800 mètres offre des après-midis autour de 25 °C et des nuits fraîches, sans climatisation.

Les deux grilles se superposent, elles ne se confondent pas. Bourg-Saint-Maurice est un excellent achat « hiver » et un médiocre argument « fraîcheur ».

Une troisième altitude existe, et elle n'inquiète pas l'acheteur d'appartement — elle inquiète l'exploitant. Au-dessus de 2 700 à 3 000 mètres, le permafrost qui tient les sols se dégrade. Un recensement des infrastructures alpines françaises identifie 947 éléments exposés, dont 148, soit environ 15 %, présentent un risque de déstabilisation : pylônes, gares d'arrivée, refuges. L'isotherme 0 °C a atteint 5 298 mètres le 21 août 2023, un record absolu, et 5 136 mètres le 28 juin 2025 — au-dessus du sommet du mont Blanc, en juin. Aucun bien résidentiel n'est concerné à ces altitudes. Ce qui l'est, c'est l'infrastructure qui fait la valeur du bien, et le coût de la maintenir remonte tôt ou tard dans le forfait ou dans le budget communal.

Le ski d'été sur glacier illustre la même mécanique. Les glaciers suisses, qui représentent plus de la moitié du volume alpin restant, ont perdu 25 % de leur volume entre 2015 et 2025 (GLAMOS). Il ne reste que trois domaines de ski d'été en France — Tignes, Val d'Isère et Les Deux Alpes. Aucune date de fermeture n'est annoncée, et aucune n'est garantie non plus.

La double saison devient un critère de rendement

Les nuitées de juillet-août dans les massifs français ont progressé de 12,3 % entre 2019 et 2025, près du double de la croissance hivernale sur la même période. En Alpes du Nord, le mois d'août seul fait +16,3 %. Météo-France projette une multiplication par cinq des jours de vague de chaleur d'ici 2050, avec des canicules possibles de début juin à mi-septembre.

C'est l'une des rares tendances touristiques dont le moteur est garanti par la physique. Le risque porte sur le rythme, pas sur la direction.

Reste le garde-fou, et il est sévère : les remontées mécaniques réalisent encore environ 95 % de leur chiffre d'affaires l'hiver. L'été remplit les sentiers plus que les caisses. Pour un investisseur locatif, le chiffre pertinent est celui des hébergeurs — environ 25 % de leur chiffre d'affaires se fait déjà hors hiver — et non celui des opérateurs de remontées. L'été ajoute des points de rendement et réduit la variance du revenu. Il ne remplace pas la neige.

Les signaux qui disqualifient une station

La Cour des comptes a produit en 2024 un score de vulnérabilité sur 163 stations qui croise trois dimensions : le risque climatique, le poids socio-économique du ski dans le territoire, et la surface financière de la commune ou de l'autorité organisatrice. C'est cette troisième dimension qui manque à la plupart des analyses.

Le résultat recoupe presque exactement notre propre liste « altitude sécurisée » du côté des moins vulnérables : Orelle, Tignes, Val Thorens, Chamonix, Val d'Isère, Les Deux Alpes, Les Menuires. Du côté des plus vulnérables, huit sur dix sont dans les Hautes-Alpes — ce qui doit tempérer l'enthousiasme sur les 522 M€ d'infrastructures des Alpes du Sud, sans l'annuler.

Cinq vérifications, toutes réalisables sur des documents publics, avant d'acheter dans une station moyenne :

  1. Le taux de subvention de l'exploitant. Les 180 stations dont le chiffre d'affaires est inférieur à 15 M€ perçoivent 124 M€ d'argent public par an, soit 23 % de leur chiffre d'affaires. Au-delà de 20 %, la station est sous perfusion.
  2. Le mode de gestion. Une délégation à un grand opérateur est un signal de rentabilité ; une régie communale ou un délégataire sortant est une fragilité.
  3. La dépendance fiscale de la commune. Aux Gets, les recettes liées au ski et au tourisme pèsent 42 % du budget communal.
  4. La concentration du chiffre d'affaires, qui atteint jusqu'à 56 % sur six semaines. Plus la station est petite, plus un seul février doux détruit sa saison.
  5. Le réalisme du plan d'affaires de la délégation. Un plan qui table sur une fréquentation stable ou croissante malgré des projections d'enneigement défavorables est un drapeau rouge.

Un mot sur la neige de culture, souvent présentée comme la réponse. Elle couvre 39 % du domaine français contre 19 % en 2007. Mais produire de la neige à −2,5 °C coûte environ sept fois plus cher qu'à −6 °C, et les besoins en eau progresseraient de 23 à 32 % selon le scénario climatique. La Cour des comptes parle de « sentier de dépendance » quand l'enneigement artificiel capte les ressources qui devraient financer la diversification. Un taux de couverture élevé est un atout à 2 000 mètres et une fuite en avant à 1 200.

Surtout, cette réponse n'est plus acquise juridiquement, et La Clusaz vient de le démontrer. Le 23 juillet 2025, le tribunal administratif de Grenoble a annulé le projet de retenue collinaire du plateau de Beauregard — 148 000 m³, huit hectares d'espaces naturels — au motif qu'il « ne répond pas à une raison impérative d'intérêt public majeur ». Deux mois plus tôt, la station avait été condamnée à 130 000 € pour avoir alimenté une réserve en pleine période de restriction sécheresse.

C'est le premier précédent français clair : un projet d'enneigement artificiel peut être arrêté en cours de route par un juge. Pour un investisseur, cela change la lecture d'une ligne de plan d'affaires. Un exploitant qui annonce sécuriser sa saison par une extension de neige de culture annonce un projet, pas une certitude — et La Clusaz est un site olympique 2030.

Le climat entre déjà dans les charges

C'est le point que presque aucun article d'investissement montagne ne mentionne, alors qu'il est acté, chiffré et daté.

Depuis le 1ᵉʳ janvier 2025, la surprime catastrophes naturelles prélevée sur tous les contrats d'assurance dommages aux biens est passée de 12 % à 20 %. Une mission gouvernementale chiffre à 26 % le taux qui serait nécessaire à horizon 2050. La Caisse centrale de réassurance projette une hausse de la sinistralité de 60 % d'ici 2050, dont 40 points imputables à la seule intensification climatique.

Le mécanisme français est différent de celui qu'on décrit en Californie ou en Australie, et il faut le dire pour éviter le contresens : le régime CatNat est mutualisé et obligatoire, ce qui empêche à ce jour un retrait pur d'assurance. Le risque climatique ne se traduit donc pas par une perte de couverture, mais par un coût de détention qui monte, progressivement et de façon annoncée.

Pour un bien loué en meublé, c'est une ligne de charges qui grossit d'un peu plus de huit points de prime en deux ans. Sur un rendement net déjà mince, ce n'est pas anecdotique. C'est aussi la seule composante du risque climatique qu'un acheteur peut budgéter aujourd'hui avec un chiffre officiel.

Ce que la profession répond

L'honnêteté impose de donner l'autre version, parce qu'elle vient des gens qui exploitent les domaines. À la sortie du rapport de la Cour des comptes, l'Association nationale des maires des stations de montagne, l'ANEM et Domaines Skiables de France ont publié un communiqué commun titré « La Cour des comptes est restée sourde aux acteurs de terrain ». Domaines Skiables de France a suivi avec une lettre de dix-huit pages au président de la Cour, en mars 2024, reprochant au rapport de minimiser l'effort d'adaptation engagé depuis des années et de s'appuyer sur des projections insuffisamment différenciées.

Ce désaccord ne porte pas sur la physique, sur laquelle personne ne conteste rien. Il porte sur la capacité d'adaptation, et sur le ton. Les 555 M€ investis en 2025 sont d'ailleurs l'argument le plus solide de la profession — c'est un pari en capital, pas une déclaration.

Notre lecture ne tranche pas entre les deux camps parce qu'ils ne parlent pas de la même chose. Les grandes stations intégrées, hautes et déléguées à de vrais opérateurs, sont décrites comme rentables et peu vulnérables par le rapport lui-même. La ligne de fracture ne passe pas entre le ski et le climat. Elle passe entre les stations qui ont l'altitude et les moyens, et les autres.


Les stations qui cochent les trois filtres

Trois filtres empilés : un chantier confirmé et daté, une exposition climatique tenable sur les deux saisons, un prix d'entrée ou un rendement qui laisse de la marge. Voici ce qui reste.

Prix : médianes d'appartements actées 2025 (DVF). Évolutions : 2020→2025, même source.

StationMédiane 20252020→2025RendementCe qui se construitLe point faible
Bozel6 200 €/m²+41 %8,4 %Village olympique 2029 + câble 27 M€Marché étroit, peu de ventes
Aime-la-Tarentaise4 500 €/m²+45 %6–8 %Ascenseur valléen 106 M€, automne 2029Village de vallée à 690 m, aucun argument été
Briançon3 177 €/m²+57 %5,5 %Village olympique 300 M€, travaux mi-2027Alpes du Sud : risque climatique aggravé
Serre-Chevalier4 456 €/m²+41 %5–7 %Site JO 60 M€ + part des 522 M€ + ligne ferroviaireIdem, et une vallée très étalée
Saint-Jean-de-Sixt4 733 €/m²+34 %6 %Village olympique, travaux mi-2027Pas de domaine propre, dépend des Aravis
La Plagne5 300 €/m²+41 %6–8 %Piste de bobsleigh + ascenseur valléenUrbanisme « plan neige » peu vendeur l'été
Orelle3 200 €/m²+45 %6 %Aucun chantier neuf — l'accès existe déjàVillage minuscule, offre de services faible
Alpe d'Huez6 120 €/m²+61 %5 %Deux télécabines, 2026/27 et 2027+61 % déjà actés : une partie du chemin est faite

Orelle est dans la liste au titre d'une exception assumée : elle ne coche pas le filtre « chantier », parce que son ascenseur valléen a déjà été construit. Elle figure ici comme démonstration du mécanisme — c'est ce qu'Aime et Bozel devraient devenir — et parce que la Cour des comptes la classe parmi les stations les moins vulnérables de France.


Ce que nous n'achèterions pas en 2027

Une sélection n'a de valeur que si elle exclut. Quatre cas, pour quatre raisons différentes.

La Toussuire, malgré 9,0 % de rendement affiché. C'est le rendement le plus élevé de notre panel, et il paie un risque. La Cour des comptes classe La Toussuire-Saint-Pancrace deuxième station la plus vulnérable de France sur 163 évaluées, malgré un village à 1 750 mètres. Ce n'est pas l'altitude qui la plombe, c'est la faiblesse financière de l'autorité organisatrice. Un rendement de 9 % sur un actif dont l'exploitant peut cesser d'exister n'est pas un rendement de 9 %.

Courchevel à 11 800 €/m². Site olympique, domaine à 2 738 mètres, marque mondiale — et un recul de 8,3 % entre 2024 et 2025, avec 4 à 6 % de rendement brut. Le ticket est le plus lourd des Alpes du Nord après Val d'Isère, la prime olympique est intégrée depuis longtemps, et le premier repli annuel du cycle vient d'être acté. Excellent actif patrimonial, mauvaise entrée en 2027.

Les Gets, à 6 700 €/m² pour +3 % en cinq ans. La station affiche le plus faible taux de croissance du panel sur la période, un domaine qui culmine à 1 850 mètres, et une commune dont 42 % du budget dépend du tourisme. Son bike park de 128 kilomètres et les finales de Coupe du monde UCI en font un des tout meilleurs étés d'Europe — ce qui explique qu'elle tienne, pas qu'elle monte.

Toute station dont le domaine plafonne sous 1 800 mètres, quel que soit le prix. C'est le filtre le plus brutal et le plus fiable. Métabief, dans le Jura, a acté la fin programmée de son ski alpin vers 2030-2035 et redéployé 12,6 M€ sur des activités quatre saisons. Le scénario de sortie du ski existe, il se finance, et il commence toujours par le bas.


Trois profils, trois réponses

Le bon choix dépend de ce que l'on cherche, et les trois objectifs ne pointent pas vers les mêmes communes.

Rendement locatif, ticket 150–300 k€. Aime-la-Tarentaise, Orelle, Montchavin-les-Coches (4 707 €/m², +52 %, 6,5 %), Briançon. Le point commun : un prix d'entrée bas adossé à un domaine haut. On achète un accès, pas une adresse. Le rendement affiché tient à ce décalage, et il se compressera à mesure que le décalage se comble — c'est précisément l'intérêt d'acheter avant.

Valorisation patrimoniale, ticket 300–600 k€. Bozel, Serre-Chevalier, La Plagne. Les trois cumulent un chantier daté et un prix qui reste sous la médiane des Alpes du Nord, à 5 362 €/m². Horizon : la revente se joue après 2030, quand l'infrastructure fonctionne et que l'événement est oublié.

Usage mixte, quatre saisons. Le Grand-Bornand, Saint-Jean-de-Sixt, Les Deux Alpes. Les deux premiers profitent du cluster olympique des Aravis et d'un été de randonnée déjà installé ; Les Deux Alpes ajoutent un glacier à 3 600 mètres et un bike park historique. Ici, le calcul de rendement ne suffit pas : 74 % des propriétaires d'une résidence en montagne déclarent s'y rendre hors saison d'hiver, ce qui veut dire que la valeur d'usage entre dans l'équation, même quand on ne se l'avoue pas.


Le verdict

La fenêtre d'achat que nous retenons court de 2025 au début 2028, calée sur le pic d'anticipation historiquement observé à deux ans des Jeux. 2027 en est la dernière année pleine. Mais il faut être précis sur ce que cette fenêtre signifie, sous peine de répéter l'erreur que nos propres chiffres démentent : elle n'est pas la promesse d'un rattrapage olympique. Elle est le dernier moment où l'on peut acheter un bien dont le chantier structurant est signé mais pas encore visible.

Après, le prix intègre la grue.

Le vrai départage se joue ailleurs, et il tient en une superposition : le domaine dit si la station skiera encore en 2045, le village dit si elle se loue en juillet, et les comptes de la commune disent si l'exploitant tiendra jusque-là. Une station qui coche les trois est un actif. Une station qui n'en coche qu'un est une saison.

Acheter en montagne en 2027, c'est aussi décider où l'on passera les vacances de la décennie qui vient. Les chiffres orientent la décision. Ils ne la prennent pas.


Sources et méthode

DVF/Etalab (mutations 2014-2025, 46 communes, médianes d'appartements actées), Domaines Skiables de France, SOLIDEO et COJOP Alpes 2030, Cour des comptes (« Les stations de montagne face au changement climatique », février 2024) et réponse commune ANMSM / ANEM / DSF (février-mars 2024), Météo-France et CNRM-CEN (Col de Porte, bilans 2022 et 2025), trajectoire TRACC inscrite au code de l'environnement par décret du 23 janvier 2026, GLAMOS (bilan glaciaire 2025), tribunal administratif de Grenoble (jugement du 23 juillet 2025, retenue de Beauregard), Caisse centrale de réassurance, Notaires de France, Kavetsos 2012 et Sustainability 2022 pour l'effet causal olympique.

Méthodologie complète, périmètre et limites : /methodologie