Loi Le Meur 2026 : ce qui change pour votre LMNP en station de ski

De 77 700 € à 15 000 €. Le seuil du micro-BIC pour un meublé de tourisme non classé a été divisé par cinq. L'abattement, lui, est passé de 50 % à 30 %. Pour un studio en station qui encaisse 25 000 € de loyers par an, l'ancien régime de confort n'existe plus.

Votée en novembre 2024, la loi Le Meur déploie ses effets en deux temps : les nouveaux seuils fiscaux s'appliquent aux revenus 2025, déclarés en 2026. Et depuis le 20 mai 2026, toute location saisonnière doit être enregistrée via un téléservice national. Voici ce que ça change concrètement pour un investisseur en meublé de montagne — seuils, classement, revente, et ce qu'il reste à faire avant fin 2026.


Le micro-BIC rétréci de 80 %

Le micro-BIC est le régime simplifié du loueur en meublé : pas de comptabilité, un abattement forfaitaire sur les recettes, et l'impôt tombe sur le reste. Sa simplicité en faisait le choix par défaut des petits investisseurs. La loi Le Meur en a redessiné les contours.

Régime micro-BICAvant 2025Depuis les revenus 2025
Meublé tourisme non classéSeuil 77 700 € — abattement 50 %Seuil 15 000 € — abattement 30 %
Meublé tourisme classéSeuil 188 700 € — abattement 71 %Seuil 77 700 € — abattement 50 %
DPENon requis en courte duréeObligatoire — classe E minimum à terme
EnregistrementVariable selon communeTéléservice national depuis le 20/05/2026

La lecture est brutale pour le non classé. Un bien qui génère 20 000 € de recettes annuelles — le niveau courant d'un studio bien géré en station — sort mécaniquement du micro-BIC. Il bascule au régime réel, avec comptabilité et liasse fiscale à la clé.

Même sous le seuil, l'arithmétique a changé. À 14 000 € de recettes non classées, la base imposable passe de 7 000 € (abattement 50 %) à 9 800 € (abattement 30 %). C'est 40 % d'assiette taxable en plus, sans qu'un seul euro de loyer supplémentaire ne soit encaissé.


Le classement devient un levier fiscal

Le classement en meublé de tourisme — les étoiles attribuées après visite d'un organisme agréé — était surtout un argument commercial. Il devient un paramètre fiscal de premier ordre.

Un meublé classé conserve un seuil micro-BIC de 77 700 € et un abattement de 50 %. Un non classé plafonne à 15 000 € et 30 %. À recettes égales de 30 000 €, le classé reste éligible au micro-BIC avec 15 000 € imposables. Le non classé, lui, n'a plus accès au régime : direction le réel.

L'écart entre les deux statuts n'a jamais été aussi large. Pour un propriétaire en station qui veut rester en micro-BIC, la visite de classement est devenue le premier chantier de l'année.

Reste une nuance. Le classement préserve le micro-BIC, mais il ne le rend pas forcément optimal. C'est là que ça se complique.


Le régime réel devient la norme

Au régime réel, on déduit les charges effectives et on amortit le bien — c'est-à-dire qu'on passe chaque année en charge comptable une fraction de sa valeur, sans sortie de trésorerie. En montagne, ce mécanisme est puissant.

Sur un bien à 300 000 € HT, le composantage génère typiquement 8 000 à 12 000 € d'amortissements par an. Ajoutés aux intérêts d'emprunt, aux charges de copropriété et aux frais de gestion, ils ramènent le résultat fiscal à zéro pendant 10 à 15 ans sur des recettes locatives équivalentes. Aucun abattement forfaitaire ne rivalise avec un impôt nul.

Le micro-BIC à 15 000 € et 30 % devient peu attractif au-dessus de 25 000 à 30 000 € de recettes annuelles. En dessous, le calcul se fait au cas par cas — mais la migration massive vers le réel est déjà la conséquence la plus documentée de la réforme.

Pour les biens au-dessus de 300 000 €, un cran supplémentaire existe : la parahôtellerie. En proposant au moins quatre services hôteliers (accueil, ménage régulier, linge, petit-déjeuner), le propriétaire récupère la TVA de 20 % sur l'acquisition. Sur 300 000 € HT, c'est 60 000 € de coût d'achat effacés — l'équivalent de plusieurs années de loyers nets. Le statut LMP (loueur en meublé professionnel), accessible au-delà de 23 000 € de recettes représentant plus de la moitié des revenus du foyer, complète l'arsenal pour les portefeuilles structurés.


La revente change de calcul

Le régime réel a longtemps cumulé deux avantages : des amortissements qui gommaient l'impôt annuel, et une plus-value à la revente calculée comme si ces amortissements n'avaient jamais existé. La réforme de 2025 est venue refermer cette asymétrie : les amortissements déduits sont désormais réintégrés dans le calcul de la plus-value imposable des loueurs en meublé non professionnels.

Le mécanisme est fixé par l'article 84 de la loi de finances pour 2025. Il s'applique aux ventes conclues depuis le 15 février 2025, quelle que soit la date de mise en location. Concrètement, chaque euro amorti diminue le prix d'acquisition retenu au moment de la vente — et gonfle d'autant la plus-value taxable. Tous les amortissements déduits comptent, y compris ceux passés avant 2025 : l'administration l'a confirmé par réponse ministérielle en mars 2026. L'avantage fiscal annuel demeure, mais il devient en partie un différé d'imposition plutôt qu'une exonération définitive.

Le taux, lui, ne bouge pas : 19 % d'impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux, avec les abattements pour durée de détention. Seule l'assiette change. Le législateur a prévu des exceptions ciblées — résidences étudiantes, résidences seniors, EHPAD — mais les meublés de tourisme, classés ou non, n'en font pas partie. Un appartement loué en courte durée en station est donc pleinement concerné.

L'ordre de grandeur mérite d'être posé. Un bien acheté 300 000 €, revendu 360 000 € après dix ans avec 80 000 € d'amortissements déduits, dégageait avant la réforme environ 17 400 € d'impôt sur la plus-value. Le même scénario en coûte désormais environ 40 700 €, hors surtaxe sur les fortes plus-values. Soit 23 000 € de plus — une partie de l'économie d'impôt réalisée pendant la détention, rendue à la sortie.

L'implication stratégique, elle, est claire : l'horizon de détention compte davantage. Le réel reste gagnant pour qui garde son bien longtemps — l'exonération d'impôt sur la plus-value est acquise après 22 ans de détention, celle des prélèvements sociaux après 30 ans. Pour un achat-revente à cinq ans, le calcul mérite d'être posé avant, pas après.


L'enregistrement national est obligatoire

Depuis le 20 mai 2026, toute location saisonnière doit disposer d'un numéro d'enregistrement délivré via le téléservice national. Airbnb, Booking et Abritel ont l'obligation de vérifier ce numéro avant de publier une annonce. Louer sans, c'est s'exposer à des sanctions — et à la disparition pure et simple de son annonce des grandes plateformes.

Certaines communes de montagne n'ont pas attendu : Annecy, Megève, Chamonix et Courchevel exigeaient déjà un numéro d'enregistrement avant la loi. Les autres suivront rapidement, le téléservice national leur en donnant désormais les moyens.

La loi va plus loin. Elle arme les municipalités de deux outils nouveaux : des quotas de meublés de tourisme et des durées maximales de location. Une commune sous tension peut désormais plafonner le nombre d'autorisations sur son territoire. Pour un investisseur, la réglementation locale devient un critère d'analyse au même titre que le prix au m² — un arrêté municipal peut modifier l'équation d'un bien.

S'ajoute le DPE, le diagnostic de performance énergétique. Il devient obligatoire pour louer en courte durée, avec une exigence de classe E minimum à terme. Les passoires thermiques des copropriétés années 70, nombreuses en Tarentaise, sont directement concernées.


Un marché en recomposition

L'effet attendu de la réforme dépasse la feuille d'impôt. La contrainte administrative et fiscale devrait provoquer une sortie partielle des micro-investisseurs de la location courte durée, avec une baisse de l'offre estimée sur un à deux ans.

Pour les propriétaires qui restent — enregistrés, classés, structurés au réel — cette raréfaction soutient les prix à la nuit. Le durcissement réglementaire agit comme une barrière à l'entrée : il pénalise l'improvisation et récompense la structuration. Un studio LMNP en courte durée dégage 5 à 9 % de rendement brut en station ; ce niveau se défend d'autant mieux que l'offre concurrente se contracte.

C'est la logique paradoxale de la loi Le Meur en montagne. Conçue pour freiner le meublé touristique, elle renforce la position relative de l'investisseur professionnel face au loueur occasionnel.


Quatre chantiers avant fin 2026

L'enregistrement. Obtenir le numéro via le téléservice national, et vérifier les exigences propres à la commune. Sans numéro, pas d'annonce sur les grandes plateformes depuis le 20 mai.

Le DPE. Faire réaliser le diagnostic, et budgéter les travaux si le bien s'approche des classes F ou G. En copropriété ancienne, les décisions de rénovation thermique se votent en assemblée générale — les délais se comptent en années, pas en mois.

Le classement. Pour qui veut rester en micro-BIC, la visite de classement est le sésame du seuil à 77 700 € et de l'abattement à 50 %.

La structure fiscale. Comparer micro-BIC classé, LMNP réel, LMP et parahôtellerie sur sa situation réelle — recettes, endettement, horizon de détention, revente envisagée. Le simulateur Altivestir permet de poser ce calcul avant de trancher avec un expert-comptable.


Le verdict

La loi Le Meur ne tue pas le meublé de montagne. Elle enterre le meublé improvisé. Le micro-BIC non classé, qui permettait de louer un studio en station sans comptabilité ni déclaration en mairie, appartient au passé. Ce qui le remplace — réel, classement, enregistrement, DPE — demande plus de méthode et récompense mieux ceux qui l'appliquent.

Pour l'investisseur structuré, l'équation 2026 reste favorable : amortissements non plafonnés, TVA récupérable en parahôtellerie, offre concurrente en repli. Derrière les seuils et les abattements, il y a toujours un appartement face aux pistes où l'on choisira de passer une semaine en février — la fiscalité encadre ce projet, elle ne le remplace pas.

Le durcissement était annoncé. Il est là. Autant le transformer en avantage compétitif.


Sources : Loi Le Meur (nov. 2024, décrets janv.-mars 2026, en vigueur 20/05/2026), loi de finances 2025 art. 84 (loi n° 2025-127 du 14/02/2025, art. 150 VB CGI), réponse ministérielle Mette n° 10097 (JO AN 24/03/2026), Etic Avocats mars 2025, CGI et BOFiP, Epsilium 2026, Hagnere Patrimoine, Crédit Agricole e-immobilier, knowledge/themes/lmnp-fiscalite.md, knowledge/themes/marche-montagne.md, knowledge/themes/plateformes-reservation-montagne.md.